La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Mediapro a demandé à la LFP un délai pour le paiement de son échéance des droits TV prévue le 6 octobre (de 172 M€) et pire, elle souhaite même trouver un arrangement pour réduire le montant de la note globale comme l’a d’ailleurs indiqué le président de Mediapro, Jaume Roures. « Nous voulons rediscuter le contrat de cette saison. Elle est très affectée par le Covid, tout le monde le sait, car tout le monde souffre. On ne remet pas en cause le projet en tant que tel. Mais les bars et les restaurants ont fermé, la publicité s’est effondrée. On veut renégocier le prix. »

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Cette déflagration inattendue pourrait avoir un impact énorme pour les clubs d’autant que les clubs professionnels attendaient avec impatience la redistribution de ces 172 M€ prévue par la LFP le 17 octobre. Le boss de Mediapro a d’ores et déjà assuré qu’un accord était impossible à cette date. De son côté, la LFP a immédiatement réagi par le biais d’un communiqué et a expliqué qu’elle avait de toute façon refusé d’accorder un délai supplémentaire. « Suite aux articles de presse parus ce jour, la LFP confirme que Mediapro a demandé le 24 septembre 2020 un délai de paiement sur l’échéance des droits audiovisuels de Ligue 1 et de Ligue 2 en date du 5 octobre 2020. La LFP a signifié par courrier qu’elle refusait d’accorder un délai de paiement à Mediapro. La LFP a désormais pour priorité d’être en capacité d’assurer le paiement aux clubs de l’échéance en date du 17 octobre 2020. La LFP ne fera aucun autre commentaire. »

Les conséquences financières pourraient être terribles pour les clubs français

Trouver des solutions, pas une mince affaire lorsque l’on sait que la Ligue de football professionnel s’est déjà endettée avec un prêt garanti par l’état de 224,5 M€ contracté déjà à l’époque pour combler les pertes liées à l’arrêt brutal de la Ligue 1 liée aux décisions prises par le gouvernement. Mais si jamais la LFP ne trouve pas de solution rapide et miraculeuse pour endiguer ce début de tsunami en Ligue 1, quel impact peut-être l’impact pour les clubs professionnels français dont les droits TV correspondent à près d’un tiers de leur budget global ? Pour Luc Arrondel, économiste du sport cité par l’AFP, la conséquence directe serait que les clubs ne puissent plus payer leurs joueurs. « Ils ont fait des budgets prévisionnels, des transferts, les salaires des joueurs ont été fixés… Si l’argent n’arrive pas, […] ce qui risque de se passer, c’est que les clubs ne puissent pas payer leurs joueurs. »

Mais la situation pourrait être encore bien pire à écouter Pierre Rondeau, spécialiste de l’économie du sport. « C’est gravissime ce qu’il se passe actuellement. Si ça avait été seulement Mediapro qui était dans la panade, j’aurais dit OK, mais ils ont les reins assez solides pour résister. Mais là, entre la billetterie qui est arrêtée et le trading qui tourne au ralenti, là c’est extrêmement dur. Il y a un état d’alerte maximum au sein des conseils d’administration. Cela peut commencer par des plans sociaux dans les clubs, des retards de paiement, des ralentissements dans les prolongations ou les renégociations, des baisses de salaire, des baisses de prime, jusqu’à pourquoi pas des licenciements de joueurs, jusqu’au stade ultime de la crainte, la faillite de clubs. Je pourrais le chiffrer entre 1 et 10 %. Je ne dis pas que ça va arriver, mais le risque existe », nous explique-t-il.

Un nouvel appel d’offres au rabais en cas de défaillance de Mediapro ?

Avant d’aller plus loin dans le raisonnement, et envisageant même un nouvel appel d’offres au rabais de la LFP si jamais Mediapro ne parvenait pas à honorer ses engagements. « Supposons que la LFP refuse toute négociation et que Mediapro ne peut pas payer, que peut-il se passer ? Ce qui est sûr, c’est que la Ligue a été imprudente de ne pas demander de garantie financière, et ce, même s’ils ont une caution solidaire auprès de leur actionnaire chinois. Mediapro n’est pas capable d’apporter des garanties financières sur leur capacité à payer, mais ils ont dit à la Ligue : “ne vous inquiétez pas, on a notre actionnaire chinois richissime qui se porte garant en cas de problème. En résumé, si Mediapro ne peut pas payer, c’est la Chine qui paiera à sa place. Mais ce n’est pas si simple. Mais supposons, ils acceptent de payer pour la saison 2020-21. Soit ils se maintiennent avec une épée de Damoclès pour les années suivantes, soit ils parviennent à récupérer 2,5 millions d’abonnés qu’ils avaient estimés sur l’année en cours et ils se sauvent, soit ils échouent et là, la Ligue récupère le contrat, le remet en vente. Mais une revente d’un contrat rompu en période de crise économique, c’est forcément au rabais. Parce que les acteurs du marché type BeIN Sports, Canal, RMC Sport ne vont pas dire, on va mettre les 800 M€ mis par Mediapro. T’as rompu le contrat, tu n’as pas été capable de payer et on vit une période de crise économique. Tout le monde va dire on met plus ou moins 400 M€. »

Peut-on voir un nouvel appel d’offres et une bataille entre BeIN Sports, Canal+ et RMC Sports ? ««Difficile à dire. Mais selon RMC, l’Élysée observe avec attention les agissements de Mediapro, qui estime que des accords peuvent être trouvés entre le diffuseur de la majorité de la Ligue 1 et la LFP. L’affaire n’en est qu’à ses balbutiements, mais une chose est sûre, quelque soit son issue, cela va laisser des traces dans un football français qui se serait bien passé de cela».

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