Si vous suivez ne serait-ce que de loin le football anglais, l’événement ne vous a probablement pas échappé: seize ans après sa chute, le mythique club de Leeds vient officiellement de valider son retour en Premier League. Une nouvelle qui réjouit forcément les défenseurs de Marcelo Bielsa, le coach argentin ayant accompli un travail remarquable depuis deux saisons, et les observateurs toujours friands d’histoires de rédemption. En ce qui concerne l’Angleterre, c’est à peu près tout. De Manchester à Londres, en passant par Sheffield ou Huddersfield, difficile de trouver des supporters d’autres clubs prenant du plaisir à voir les fans des Peacocks célébrer leur retour en grâce. Car avec Leeds, c’est le club le plus détesté du pays qui revient jouer dans la cour des grands.

Ce n’est même pas un raccourci. Il y a deux ans, le site LeedsLive et ses médias partenaires ont mené un sondage auprès des fans des 24 formations de Championship (la D2 anglaise) en leur demandant quel(s) club(s) ils détestaient. Leeds, cité par 74% des personnes interrogées, est arrivé en tête devant Millwall (67%), club londonien à la sulfureuse réputation. Et le spectacle proposé par Bielsa ces derniers mois n’a a priori pas fait changer les mentalités.

“L’animosité contre Leeds est assez remarquable, écrivait le week-end passé The Times. Une récente enquête menée par un statisticien a révélé qu’il est de loin le club le plus détesté du pays, sur la base du nombre de chants insultants dirigés contre lui par d’autres équipes.” 117 chants anti-Leeds ont ainsi été recensés dans les stades anglais. Plus du double de ceux récoltés par Liverpool, deuxième de cet improbable classement. Ce qui amuse le sérieux quotidien britannique: “Le chant qui revient le plus souvent est un standard: ‘Nous haïssons Leeds’, repris par presque tout le monde, probablement même la Reine.”

Le souvenir du “Dirty Leeds”

Il faut dire que le seul club de la troisième ville d’Angleterre n’a pas toujours été un élève modèle. Si les Whites souffrent toujours d’une image brouillée, ils le doivent en bonne partie à l’ère la plus glorieuse de leur histoire, celle de Don Revie. Entre 1961 et 1974, le coach avait conduit Leeds United à deux titres de champion d’Angleterre (1969, 1974), une victoire en League Cup (1969), une en Cup (1972) et deux en C3 (1968, 1971). Mais l’ancien attaquant avait surtout bâti une équipe rugueuse, composée de quelques véritables “bad boys” à l’image de Norman “Bites Your Legs” Hunter, Johnny Giles ou Billy Bremner.

Lors du Charity Shield 1974 face à Liverpool, le deuxième cité avait décroché en plein match un crochet du droit au visage de Kevin Keegan. Un Keegan qui dans la foulée s’était battu avec Bremner, pour finir expulsé. Deux ans plus tôt, en 1972, Leeds avait passé un 7-0 à Southampton à domicile, et s’était amusé à faire une gigantesque passe à dix dans les derniers instants (39 transmissions de suite, selon un décompte informel), encouragé par les “ole” d’Elland Road. Qu’il gagne ou qu’il perde (il gagnait souvent), le club du Yorkshire prenait un malin plaisir à maltraiter ses adversaires. Ce qui lui a valu le surnom de “Dirty Leeds” (“Leeds sale”) et plusieurs ouvrages, comme “The Unforgiven”, “Les Impardonnables”, des journalistes Rob Bagchi et Paul Rogerson. Un titre qui résume parfaitement l’image laissée par Leeds auprès d’une génération de supporters… et celle d’après.

Sur la plateforme communautaire Reddit, des fans de ballon n’ayant même pas connu cette époque expliquent dans de savoureuses discussions l’origine de leur haine pour Leeds. “Mon père m’a dit de détester Leeds, alors je déteste Leeds”, s’amuse un supporter de Manchester United. Un autre d’Everton ajoute: “Je me souviens que ma mère chantait parfois ‘We all fucking hate Leeds’ lors de réunions de famille, sans aucune raison. Et je n’ai jamais trouvé ça bizarre.”

Un passé chargé avec le hooliganisme

Dur à cuire sur le terrain, Leeds l’a aussi été en dehors… A la grande et sombre époque du hooliganisme en Angleterre, les Peacocks traînaient comme un boulet les frasques du Leeds United Service Crew, présenté comme l’un des groupes les plus violents du pays. S’estimant lésés par l’arbitre lors de la finale de la Coupe des clubs champions 1975 face au Bayern Munich au Parc des Princes (2-0), des membres du Service Crew avaient arraché des sièges en tribune pour les jeter sur la pelouse, avant d’affronter la police française. Résultat: quatre ans d’exclusion des coupes d’Europe, finalement ramenés à deux après appel.

En 1987, la réputation des hooligans de Leeds avait atteint un tel niveau que pour un match de Cup, le modeste club de Telford United avait refusé de recevoir les Whites dans son stade. La rencontre s’était donc jouée dans l’antre de West Brom, à plusieurs dizaines de kilomètres de là. Et en mai 1990, après le match offrant à Leeds la remontée en première division, ses supporters avaient saccagé une partie de la ville de Bournemouth, conduisant à plus d’une centaine d’arrestations.

Comme pour les autres clubs, la chasse aux hooligans de la part des autorités britanniques et la flambée du prix des billets dans les stades ont naturellement fait le “ménage” ces deux dernières décennies. Et si le Service Crew est toujours officiellement actif, il se fait aujourd’hui bien plus discret. Mais dans l’imagerie collective, le mal est fait.

Une arrogance revendiquée avec fierté

Bien plus que leur violence, c’est désormais pour leur arrogance que les amoureux de Leeds se distinguent. Ils le savent, et jouent eux-mêmes de cette étiquette. Ces dernières saisons, on a pu entendre dans les stades de Championship les supporters des Whites, sûrs d’eux, chanter “on ne jouera plus jamais contre vous” à destination des équipes adverses. Pour encore se retrouver en D2 la saison d’après, face à ces mêmes adversaires…

Célébrant la semaine dernière la montée en Premier League, les fans ont évidemment fêté leurs joueurs et leur entraîneur, qui a déjà eu droit à sa statue (littéralement), mais ils n’ont pu s’empêcher d’invectiver les rivaux. Des dizaines d’entre eux, fumis en main, ont entonné quelques couplets à destination des Red Devils: “Manchester, est-ce-que tu regardes?”, entend-on notamment sur certaines vidéos. Mieux, il se dit que quelques courageux sont allés faire la fête… sur le parvis d’Old Trafford.

Sur Reddit toujours, un inconditionnel de Leeds justifie cette attitude. “Mon père m’a appris à haïr United, à haïr Chelsea, et à parler dès que possible du fait que Leeds a remporté son dernier titre en championnat (1992, avec Cantona, ndlr) plus récemment que Liverpool.” Avant cet été, évidemment… En 2013, les membres du groupe Dancing Years tentaient déjà de dresser pour So Foot le portrait-robot des fidèles d’Elland Road: “Tous les supporters sont plus ou moins fous mais ceux de Leeds sont gratinés, s’amusaient-ils. (…) En fait, Leeds déteste tout le monde.” Et en retour, tout le monde déteste Leeds. CQFD.



Source de l’article, 2020-07-20 05:08:33

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