Les amateurs de Châteaubriant croient dur comme fer en leurs chances avant d’affronter Montpellier en 8es de finale de la Coupe de France ce mercredi (18h45). Le petit club de Loire-Atlantique, défenseur de la ruralité, compte bien écrire l’Histoire. Rencontre avec deux joueurs, David Vernet et Ferdinand Ramanamahefa, qui comme la totalité de l’équipe jonglent entre travail le jour et foot le soir.

C’est une petite ville de 12000 habitants se qualifiant elle-même comme rurale et fière de l’être. Une ville un peu perdue loin de tout. Les grandes agglomérations de Nantes, Rennes, Angers ou Laval sont toutes à une heure de route mais après tout qu’importe. A Châteaubriant, il y a tout ce qu’il faut. L’essentiel est là. “On n’a pas la fibre c’est vrai mais on a la 4G on peut bosser d’ici”, s’amusait Papy Leye, l’entraineur historique du club après la qualification pour les 8èmes de finale de Coupe de France à Romorantin.

Et en matière de foot, on bosse bien. Avec 650 000 euros, Châteaubriant est l’un des plus petits budgets des équipes du National 2 ce qui ne l’empêche pas de performer et même surperformer. Avant l’arrêt des compétitions cet automne, les Voltigeurs étaient 2es de leur championnat avec 4 victoires, 4 nuls et une seule défaite. Ajoutez à ce bilan 7 tours de Coupe de France à ce jour et le premier exploit fin janvier en éliminant Le Mans (National) 1 à 0 dans leur stade de la Ville en Bois alors que les joueurs n’avaient repris l’entraînement que début janvier. “Les joueurs ont encaissé un travail physique énorme pour retrouver le rythme car on savait que la Coupe de France serait les seuls matchs que l’on pourrait jouer dans cette saison encore compliquée par le Covid. Ils ont été énormes d’implication. Je pense que les professionnels du Mans ont d’ailleurs été surpris que l’on ait autant de répondant”, salue Papy Leye.

Ce supplément d’âme est peut-être à mettre au crédit de la politique du club depuis quatre saisons de ne plus avoir de joueurs sous contrat fédéral ce qui est une exception pour un club de National 2. Seul un joueur, Lorys Fayolle possède un contrat mais à temps partiel. Le défenseur François Gaudiche lui est sous contrat une quinzaine d’heures par semaine pour s’occuper de la communication. Le reste du groupe travaille en dehors souvent dans des entreprises partenaires du club.

“Si il y a qualif’, on devrait pouvoir négocier notre jeudi”

C’est le cas de de David Vernet. A 31 ans, il est attaquant et capitaine des Voltigeurs le week-end mais surtout responsable logistique chez Transports Malgogne la semaine. Son boulot, “gérer les fiches de commande et les chargements des camions avec les marchandises à livrer”. Particularité, il a sous ses ordres dans l’entrepôt son coéquipier Ferdinand Ramanamahefa dit “Dafé” 29 ans, milieu offensif ce jour-là maillot des Voltigeurs sur le dos. “C’est mon chef oui. Ici c’est lui qui donne le boulot mais sur le terrain c’est moi qui donne la passe”, chambre-t-il en éclatant de rire. 

Leurs journées-type : levée à 7h pour s’occuper des enfants, les emmener chez la nounou. 8h-18h à l’entrepôt et trois soirs par semaine, on enchaîne avec l’entrainement jusqu’à 21 heures le sac déjà dans le coffre pour ne pas perdre de temps mais “non ce n’est pas dur de se motiver quand on a un match comme çà à préparer mais il faut bien s’organiser”.

Depuis la qualification pour les 8es de finale, toute l’entreprise ne parle évidemment que des exploits des Voltigeurs. “Le patron nous soutient en nous laissant notamment notre journée pour le match”, apprécie David Vernet. “S’il y a qualif, on devrait pouvoir négocier notre jeudi”, sourit-il.

Le parcours historique en Coupe de France permet aussi aux deux joueurs d’arrondir leurs fins de mois grâce aux primes de la FFF. “C’est sûr que on ne crache pas dessus. Cà met un peu de beurre dans les épinards. Cà permet de gâter un peu nos familles mais ce n’est pas le moteur principal. Le moteur c’est la passion”.

“J’ai déjà joué contre Sadio Mané ou Obi Mikel”

La journée de boulot terminée, direction donc le stade. Le terrain d’entraînement des Voltigeurs est rudimentaire avec des petits préfabriqués en guise de vestiaires et une table de kiné dehors à côté des voitures mais les sourires sont là. Ça rigole jusqu’à ce que la séance débute. Là, les visages se ferment. La concentration est totale portée par l’entraîneur Papy Leye qui invite ses joueurs depuis des jours à croire à la qualification à chaque moment de la journée du réveil au coucher. Message bien reçu. “On n’a pas envie de passer à côté c’est pour ça qu’on y pense tout le temps mais on n’aura pas de pression. On se dit que c’est possible car il y a la magie de cette Coupe on voit que des équipes inférieures l’ont fait”, assure David Vernet. “Dafé” lui est encore plus optimiste. “L’exploit est possible car on a un groupe qui est solide, soudé. C’est pour çà qu’on y croit toujours et je crois qu’on va le faire”, se convint-il.

Au coup d’envoi ce soir à 18h45, David Vernet s’attend à vivre LE plus grand match de sa carrière. “Forcément, défier une équipe de Ligue 1, c’est un match qu’on jouera peut-être une fois dans notre vie. On est très très  impatient d’y être”. Ferdinand Ramanamahefa lui a plus d’expérience. Passé par le Racing Club de Lens sans jouer avec les pros, il compte une quinzaine de sélections avec l’équipe nationale de Madagascar. “J’ai déjà joué quelques matchs à haut niveau contre le Sénégal de Sadio Mané ou le Nigeria d’Obi Mikel mais c’est mon premier ici en France. Pour moi ici, il n’y a pas tant de différences entre le National 2 et les équipes professionnelles. Ca se joue sur la motivation et surtout la concentration. J’ai hâte”. Montpellier est prévenu.

Source de l’article, 2021-04-07 09:52:28