«C’est la même chanson», reprenait Claude François en 1971. L’artiste de variété ne faisait que reprendre un tube américain «It’s the Same Old Song» sorti quelques années plus tôt mais c’est bien évidemment un succès, à tel point qu’il dépassera la popularité de l’œuvre originale, en France du moins. Cela raconte une histoire d’amour, autrefois heureuse, qui se termine dans la douleur. Il faut croire que chaque année ou presque, l’équipe de France Espoirs rend un hommage à cette chanson puisqu’à chaque rendez-vous, elle se présente avec ses jeunes cracks avant de décevoir. Une nouvelle fois, elle s’est bercée d’illusions. Citée parmi les favorites de l’Euro, elle s’est fracassée hier en quart de finale face aux Pays-Bas dans les dernières minutes (2-1). Une fin cruelle mais comme toujours, elle l’a un peu cherché.

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Malmenés et surpris par l’impact physique adverse durant la première période, les Bleuets ont paradoxalement regagné le vestiaire avec un avantage d’un but au score. Upamecano sautait plus haut que tout le monde pour ouvrir le score sur corner. En seconde période, on a vécu un peu le scénario inverse. Les jeunes Oranje ont rapidement égalisé, Boadu profitant d’une frappe d’Harraoui et du mauvais alignement de Maouassa pour remporter son duel avec Meslier. C’est alors que la machine française se mettait enfin en route, après quasiment une heure de jeu… Bien aidée par la consistance de son banc de touche aussi (Caqueret, Faivre et Gouiri sont entrés en jeu), elle a pris le jeu à son compte, prenant tous les risques, trop parfois même puisqu’il y a bien eu quelques frayeurs entre ses nombreuses opportunités.

Des individualités fortes, un collectif défaillant

Malgré des frappes de Maouassa et Tchouaméni, un poteau d’Ikoné, deux grosses situations pour Aouar et une dernière tentative de Faivre, les Bleuets ont échoué à inscrire ce second but avant la fin du temps réglementaire. Pire encore, ce quart de finale a pris des airs de France-Bulgarie 1993 lorsque sur sa seule relance, le gardien néerlandais Bijlow a éliminé six Français, envoyant en bout de chaîne Boadu vers le Graal de la qualification. «C’est forcément une énorme déception. Le football est parfois paradoxal. Nous n’avons pas réalisé une bonne première période, où on a manqué de maîtrise, et nous étions malgré tout devant au score. Au contraire, je trouve que notre deuxième période a été très consistante. On a corrigé les choses, on a fait reculer cette équipe des Pays-Bas, on s’est créé trois, quatre énormes occasions de but, et paradoxalement, on prend deux buts sur cette période alors que le rapport de force était clairement en notre faveur.»

Sylvain Ripoll peut nourrir de profonds regrets, lui qui fait donc moins bien que la demi-finale de l’Euro 2019. Il disposait pourtant d’une équipe encore mieux fournie tant sur la qualité que sur la quantité. Malgré les absences de Reine-Adélaïde et Guendouzi, les deux capitaines, ou encore de Truffert, Claude-Maurice, Wesley Fofana, le sélectionneur s’est même permis de laisser Youssouf Fofana et Camavinga sur le banc. Un luxe que même certaines sélections A ne peuvent pas se permettre. Seulement comme l’ont déjà montré les générations précédentes, une somme d’individualités ne forme pas un collectif efficace. Certains joueurs ont failli d’ailleurs, comme Maouassa, responsable sur les deux buts, ou encore Soumaré très inconstant. Edouard n’a lui pas pesé sur la rencontre, alors qu’Aouar, censé être le leader technique de cette équipe, s’est réveillé bien trop tardivement.

Les JO en point de mire

«On prend le deuxième à la 93e sur un truc improbable alors que l’on pensait qu’ils étaient en train de flancher. C’est regrettable. Le verdict est tombé du mauvais côté pour nous. On n’a probablement pas fait ce qu’il fallait pour aller plus loin. On a eu les situations et les munitions pour gagner ce match, on ne l’a pas fait. La réalité est là. À chaque fois qu’il y a une compétition, il y a des enseignements à tirer, dans un sens ou dans l’autre. On va réfléchir à tête reposée. Constituer le groupe le plus performant pour les Jeux olympiques sera l’objet de la réflexion dans les jours à venir. Mais déjà, il va falloir digérer. C’est difficile de perdre ce match dans ces conditions», regrettait le sélectionneur hier soir après ce nouvel échec, qui regarde dès maintenant vers Tokyo.

Il s’agira de retenir les leçons de cette défaite pour aller chercher une médaille olympique en août. La France en a les moyens, comme elle avait les moyens de remporter cet Euro, et surtout de battre une équipe des Pays-Bas franchement pas flamboyante mais courageuse. Bien sûr, tout n’est pas à jeter pour cette génération. Elle a au moins su se qualifier pour l’Euro, comme celle du dessus, qui avait validé ce premier ticket pour les JO depuis 1996, corrigeant ainsi les innombrables échecs entre 2007 et 2017 (6 Euro manqués de suite). Néanmoins, cette défaite vient rappeler inlassablement que les Bleuets sont toujours aussi imprévisibles. Ils déçoivent trop souvent. La liste élargie pour les JO aux moins de 23 ans et à trois jokers (nés avant 1997) pourrait permettre à Ripoll et à son staff de s’appuyer sur de nouveaux éléments plus expérimentés comme Gignac, Bernardoni, Terrier ou Bamba pour corriger le tir et faire en sorte que ça ne soit pas toujours ce même refrain désappointant.

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