Certains donnaient l’Olympique de Marseille à un niveau équivalent du FC Porto lors du tirage de la phase de poules de la Ligue des Champions. Mais il faut admettre qu’il y a un voire deux niveaux d’écart. Lors des deux confrontations, les Portugais se sont imposés (3-0 ; 2-0). Avec leur supériorité aussi face à l’Olympiacos, ils se sont donc hissés, derrière Manchester City, en huitièmes de finale de la C1.

La suite après cette publicité

Ils sont d’ailleurs tombés sur un gros : la Juventus. Mais une nouvelle fois la bande à Sérgio Conceição a été bluffante. Victorieuse à l’aller sur le score de deux buts à un, l’écurie portugaise a emmené la Juventus en prolongations au retour avant de s’incliner sur le score de trois buts à deux, grâce à une réalisation de Sergio Oliveira, et de valider son ticket pour les quarts, où ils affronteront Chelsea.

L’OM déjà dans le groupe de Porto

Avec le tirage, on a une idée de ce que va devoir faire Porto. Premièrement essayer d’éliminer Chelsea puis ensuite se frotter au Real Madrid ou à Liverpool, deux écuries qui ne sont pas franchement au top de leur forme cette saison. Il a suffi d’un tirage favorable donc pour que Mehdi Taremi et ses coéquipiers commencent à rêver et pourquoi pas rééditer l’expérience de 2004 où Mourinho a remporté la Ligue des Champions avec le FCP.

Coïncidence ou non, cette Ligue des Champions ressemble furieusement à celle de 2003-2004. Pour commencer, les Lusitaniens rencontraient déjà à cette époque l’OM en phase de poules. Déjà les Portugais s’étaient imposés à deux reprises (3-2, 1-0) et avaient réussi à rejoindre le tour suivant en terminant deuxièmes de ce groupe F derrière un Real Madrid quasiment intouchable, avec onze points soit deux de moins que cette année.

Mais le jeu des ressemblances ne s’arrête pas là, comme nous l’explique le journaliste de RMC Sport Nicolas Vilas : « il y a une symbolique, une image dingue, le coup franc de Sergio Oliveira, qui qualifie Porto contre la Juve, c’est le même jour que le but de Costinha contre Manchester United sur coup franc. Ce qui est dingue, c’est que la célébration est la même. Globalement il y a beaucoup de références de 2004 ».

Un parcours tout tracé

En effet, en huitièmes de finale, ils avaient aussi eu à affronter du lourd avec la double confrontation face à Manchester United. Ils s’étaient imposés froidement 2-1 à l’aller avant de faire match nul à Old Trafford (1-1). Ils avaient ensuite écopé de l’Olympique Lyonnais pour les quarts de finale. Ils avaient une nouvelle fois été au-dessus en l’emportant 2-0 sur leurs terres et venant glaner un résultat nul dans l’Hexagone.

Pour la demi-finale, c’était l’équipe de La Corogne, qui avait éliminé l’AC Milan au tour précédent, qui se présentait devant Maniche, Deco et compagnie. En faisant 0-0 à l’aller, les hommes de celui qu’on appellera ensuite The Special One gardaient toutes leurs chances de leur côté. Et ils gravirent l’avant-dernier échelon en s’imposant tranquillement sur la plus petite des marges au retour.

Porto terrasse Monaco

Cette saison, ils affrontent Chelsea. Cela aurait déjà pu être le cas en finale lors de la fameuse saison du sacre, mais l’AS Monaco de Didier Deschamps et de Ludovic Giuly avait décidé d’être exceptionnelle. À cette époque, deux clubs français se hissent donc en finale. L’ASM en C1 et l’OM en C3. Mais les deux vont connaître un sort identique : une cruelle défaite, si près du but.

Porto, en réalité, n’a fait qu’une bouchée d’un Monaco qui a dû se passer rapidement d’un Giuly sorti sur blessure. Carlos Alberto, Deco et Dimitri Alenichev étaient les trois buteurs de la rencontre, portant donc Mourinho au pinacle. Mais en réalité, même si certaines choses sont dues au hasard, la différence entre les deux équipes est assez grande. Rien qu’à commencer par le style de jeu.

Un Porto qui donnait vie à la Seleçção

Cette saison, le FC Porto est une équipe très solide, ils n’encaissent que très peu de buts. Avant la rencontre face à la Juve, ils en avaient pris trois, lors du premier match de poules contre City et puis c’est tout. L’équipe de 2004, elle, était aussi pragmatique, mais ressemblait plutôt à une machine et en plus de cela, elles comportaient énormément d’internationaux, ce qui n’est plus le cas.

« il y a beaucoup de différence. Le Porto de 2004 gagne l’UEFA juste avant avec la même ossature, c’est l’ossature de l’équipe du Portugal. Costinha, Jorge Costa, Paulo Ferreira, Ricardo Carvalho, Deco, Maniche. Beaucoup de joueurs qui feront finale de l’Euro aussi. Ce qui caractérise l’équipe du Portugal aujourd’hui, c’est qu’il n’y a quasiment aucun joueur des gros clubs nationaux. Les gros clubs n’existent plus en sélection cette saison. Il existe des ressemblances, mais quand tu analyses en profondeur. La dynamique aussi est différente », avance le journaliste de RMC, avant de développer au niveau du jeu.

« En 2004 on se connaissait bien parce qu’on était une machine »

« Contrairement à ce qu’on peut croire, le Porto de 2004 jouait en 4-3-3 ou en 4-4-2. Ils jouaient différemment en championnat et en C1. Celle de 2003 jouait mieux que celle de 2004 », détaille-t-il avant de se rappeler une anecdote de Costinha, interrogé pour son livre sur José Mourinho : « il me dit : “en 2004 on se connaissait bien parce qu’on était une machine et conditionné pour gagner. C’était peut-être moins agréable à voir jouer”. Ce Porto-là, il a un style différent. Quelque part il y a une obligation différente. Ils étaient peut-être plus attendus puisqu’ils avaient gagné la C3 juste avant. Mais, Mourinho avait eu l’assurance de garder ses meilleurs joueurs, notamment Deco qui était déjà convoité. Cette année ce n’est pas la même logique économique et sportive où le club doit vendre et aussi assurer une place en Ligue des Champions pour la saison prochaine ».

Même constat du côté de Gary de Jesus, correspondant pour Eleven Sports Portugal : « ce sont deux planètes bien distinctes. Le Porto de cette année, c’est une équipe à l’image de son entraîneur, bien organisée, avec de la grinta et beaucoup de caractère. Le Porto de 2004, techniquement c’est plus soyeux et sympa, avec des joueurs qui ont explosé partout en Europe après. Je ne pense pas que les joueurs aujourd’hui à Porto exploseront partout en Europe. Le Porto de Mourinho, la Ligue des Champions, c’est le couronnement de la domination de Mourinho sur le Portugal. De là, il part pour Chelsea en roi du Portugal. Ce n’est vraiment pas la même ambiance. Le Porto de Sérgio Conceição, c’est un Porto qui a du caractère, mais ce n’est pas la même chose, il n’y a pas de Deco dans cette équipe-là ».

Un mois d’avril qui donne le vertige

Car, cela est évident. Si le titre semble promis au Sporting CP, les joueurs de Porto vont devoir assurer la seconde place, qualificative directement pour la prochaine C1, pour s’assurer de bonnes finances. En plus, en avril, ils vont vivre un véritable enfer avec pas moins de six rencontres à jouer, comptant les rencontres aller et retour contre le Chelsea de Thomas Tuchel. L’affaire ne sera pas simple.

Mais, pour autant, comment en vouloir au club, aujourd’hui, alors que le titre national semble déjà perdu, de ne pas repenser à cette période et de vouloir s’en inspirer pour essayer de rééditer l’exploit ? Il ne reste que cinq matches pour accomplir l’une des plus grosses surprises de la Ligue des Champions de ces quinze dernières années et donc se hisser au niveau de leurs glorieux aînés de 2004.

Footmercato