Si la qualification pour les quarts de finale de la Ligue des Champions a définitivement installé l’équipe fanion de Leipzig en pleine lumière, le mode de fonctionnement interne à l’institution reste opaque. Il est admis, ne serait-ce que par ses résultats, que la formation allemande – ou plutôt le groupe qui la détient – possède une méthodologie de scouting à la pointe, peut-être même visionnaire. Pour illustrer ce propos il suffit, par exemple, de jeter un œil aux sommes dépensées par le club depuis le rachat du SSV Markanstädt par l’homme d’affaires autrichien, Dietrich Mateschitz, cofondateur de la société Red Bull.

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En 12 saisons, de 2009-10 à 2020-21, approximativement 354 millions d’euros ont été lâchés pour construire l’équipe première, avec bien évidemment une accélération depuis 2016 et l’accession en Bundesliga. Pour schématiser et en ne se focalisant que sur cette période passée dans l’élite, on arrive à 70 millions d’euros déboursés par an. Pas énorme pour construire une équipe de toute pièce ou presque, qui se place trois fois sur quatre sur le podium en championnat et qui se hisse dans le gotha des huit meilleures équipes européennes. A titre de comparaison, l’Atlético Madrid dépense en moyenne 110 millions d’euros par saison depuis 4 ans.

La mauvaise réputation

En surface, l’explication est simple : Leipzig voit avant et recrute mieux, pour moins cher. De l’avis de nombreux centres de formation français, les raisons de cette réussite reposeraient cependant sur des pratiques douteuses des scouts RB. On parle de recrutement ou d’approche de jeunes joueurs avant l’âge légal (avant 16 ans), de jeux d’agents, de propositions salariales démesurées… Un sujet sur lequel Eric Hély, le directeur du centre de formation du FC Sochaux, se lâchait dans les colonnes de 20 minutes après avoir vu filer libre sa pépite Ibrahima Konaté vers Leipzig, à l’été 2017.

« Red Bull ? Ils ne respectent rien ! Ils ne nous respectent pas, nous, les clubs. On les a jamais vus ! Ils ont négocié directement avec le joueur, sans jamais dialoguer avec nous. Nous, ça faisait un an et demi qu’on discutait, qu’on lui avait proposé son premier contrat pro. Il y a un nouvel agent qui est arrivé en cours de route… Ibrahima attendait, soi-disant il réfléchissait. En fait, c’était purement financier ! Au final, il est parti libre, et Leipzig a seulement réglé l’indemnité minimum de la FIFA, trois fois rien ! » Trois ans plus tard, le défenseur de désormais 21 ans culmine à 52 matches de Bundesliga, 7 de Ligue Europa et 2 de Ligue des Champions. Pari réussi.

Le terrain pour juge

Mais si l’attaque est directe et trouve écho dans les propos de bon nombre d’acteurs du football français, la réponse, elle, ne vient pas. Ou d’une autre manière, par un autre biais que les médias. Hormis les grands penseurs de l’idéologie du scouting à Leipzig (personnifiés par Ralf Rangnick), qui évoquent avec malice leurs méthodes, sans trop donner de détails, on entend peu d’opérationnels, aucune personne de terrain. Pas parce que le club le leur interdit. Ni parce qu’eux s’estiment coupables. Mais plutôt parce qu’une sorte de pacte implicite les mure dans le silence.

On ne livre pas sa recette miracle à qui le veut après tout. D’autant que le scouting est un domaine qui se nourrit de la discrétion et où seuls les résultats parlent, pense-t-on en interne. Contacté par nos soins, l’un de ses hommes de l’ombre refuse de s’exprimer sur son club, laissant cette mission aux experts en communication. Une ligne de conduite partagée par ses pairs, car pour lui comme pour d’autres, seul le terrain importe. Et c’est justement sur le rectangle vert que Leipzig a l’occasion de faire briller son savoir-faire, ce jeudi face à l’Atlético Madrid.

Source de l’article, Augustin Delaporte 2020-08-13 17:06:08

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