En octobre dernier, avant le coup d’envoi de l’élection présidentielle au Brésil, leurs voix s’étaient déjà élevées pour appeler à ne pas céder devant l’extrême droite. Huit mois plus tard, leur discours n’a pas changé. Rai, légende du PSG, et Juninho, aujourd’hui directeur sportif de l’OL, continuent d’exprimer leur désaccord face aux idées de Jair Bolsonaro, cet ancien officier militaire élu président haut la main avec 55,13% des voix. Sa gestion de la crise du coronavirus, qui a fait à l’heure actuelle plus de 31.000 morts dans le pays, est ouvertement pointée du doigt par les deux anciens joueurs de la Seleção.

Un manifeste pour la démocratie

Plus globalement, comme le rapporte le journal El Pais, ils dénoncent, dans un manifeste publié mardi, l’autoritarisme de leur gouvernement. Aux côtés d’une vingtaine de champions brésiliens, comme l’ancien tennisman Gustavo Kuerten et l’ex-nageuse Joanna Maranhão, ils encouragent la population à lutter pour “la défense des droits de l’homme, la liberté de la presse, la diversité et les valeurs démocratiques”. Leur texte, qui ne mentionne pas explicitement Bolsonaro mais qui se veut extrêmement clair, souligne aussi l’importance que doit avoir le sport dans ce combat pour la démocratie et la défense “des minorités ethniques”.

“Il y a deux semaines, João Pedro, un garçon noir de 14 ans, a été assassiné à Rio de Janeiro par la police. Et cela arrive constamment ici au Brésil. (…) Nous ne voulons plus de haine, nous voulons la paix, l’amour. Je suis contre le racisme, l’homophobie, les préjugés. Et je pense que nous devons prendre position. Nous ne pouvons plus accepter les attitudes haineuses dans notre société”, a déclaré sur Instagram Walter Casagrande Junior, ancien attaquant brésilien à l’origine de ce manifeste, célèbre pour avoir lancé dans les années 1980 aux côtés de Socrates – frère de Rai – la “démocratie corinthiane”, un système d’autogestion instauré pour défier le pouvoir en place, qui constitua un mouvement d’opposition à la dictature militaire alors en place.

Le message très fort de Juninho

Même discours engagé du côté de Juninho, qui encourage les sportifs à prendre position. “Un joueur qui utilise les supporters pour être populaire et gagner sa vie à l’obligation de défendre les principes de vie et l’humanité. S’il ne fait pas ça il est égoïste et déshumanisé”, a-t-il commenté sur Twitter, estimant que “ceux qui se taisent sont pire” que ceux contre qui est dirigée leur lutte.

Comme le rapporte Le Monde, des manifestations ont eu lieu ces derniers jours au Brésil, notamment à Manaus, pour réclamer le départ de Bolsonaro et dénoncer les brutalités policières, en écho à la mort de George Floyd, cet Afro-Américain de 46 ans asphyxié par un policier à Minneapolis le 25 mai. Selon France 24, des groupes de supporters de clubs rivaux, comme ceux des Corinthians et de Palmeiras, se sont même unis dimanche à São Paulo en manifestant ensemble pour la “défense de la démocratie”.

Au Brésil, c’est également la reprise du football, souhaitée par Bolsonaro malgré l’épidémie de coronavirus, qui est loin de faire l’unanimité. Dans une interview à GloboEsporte, Rai a tout simplement appelé à sa démission. “Je suis radicalement en faveur de la libre expression des idées. Je suis attentif à la politique et à la réalité sociale, a réagi l’actuel directeur sportif de São Paulo. Et quand je perçois de grandes injustices, des absurdités idéologiques ou des actions qui peuvent massacrer les malheureux, l’indignation prend le dessus et je me manifeste plus fermement”.



Source de l’article, 2020-06-04 11:29:46

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