Trois mois après son amputation de la jambe droite, Bruno Rodriguez, ancien attaquant français passé notamment par le PSG, Metz et Bastia, est revenu vendredi dans Rothen S’enflamme sur son calvaire. L’ex-buteur aujourd’hui âgé de 49 ans avoue avoir pensé au pire.

Bruno Rodriguez, comment vous remettez-vous de cette opération et comment allez-vous moralement?

Le moral est bon, tout va bien. Je me remets plutôt bien, ça suit son cours. J’ai ma prothèse qui est en train d’être définitive. J’en ai encore pour un petit mois de rééducation à Chatillon.

Avez-vous reçu beaucoup de visites et de messages de soutien de la part d’anciens joueurs?

Pas autant que j’aurais espéré. On pense toujours que les gens du foot sont des gens bien. (Sur un ton ironique) On est solidaire dans le foot, vous le savez bien…

Comment en êtes-vous arrivé là? Est-ce à cause des infiltrations?

Oui, il y a des entorses mais aussi des infiltrations sur cette même cheville. A l’arrivée, ça a donné une amputation. Il y a eu entre 10 et 15 infiltrations sur cette cheville. Pendant 15 ans, j’ai essayé de me faire opérer. J’ai eu 12 ou 13 opérations dessus (à partir de sa retraite sportive, ndlr). Je me suis arrêté à cause de ça. J’ai fait plusieurs tentatives en me faisant opérer. Ça ne marchait pas. Un cartilage ne repousse pas comme ça. Je ne supportais plus la douleur.

Pour quels matchs faisiez-vous des infiltrations?

Comme tous les joueurs, quand on ne nous explique pas les choses, nous on veut jouer tous les matchs. On est bête et discipliné. Mais il faut se reposer, prendre soin de son corps. A l’arrivée, si le médecin vous dit qu’il faut jouer, on joue.

Aviez-vous peur de perdre votre place en ne jouant pas?

Bien sûr qu’il y a la pression de la concurrence. Il y a des matchs que tu ne veux pas rater. Contre Marseille, je ne devais pas jouer. J’étais sur le banc parce que j’étais infiltré.

Sur une saison, quel a été le nombre maximum d’infiltrations?

Trois ou quatre.

En voulez-vous aux médecins?

Non je n’en veux à personne et surtout pas aux médecins qui restent des employés du club. Le responsable, c’est le club. Le club est responsable de l’intégrité du joueur ou de son employé.

Racontez-nous l’après-carrière…

Ça m’a gaché ma vie familiale. Je ne pouvais pas conduire, je n’étais pas libre. Cela faisait quatre ans que j’avais des béquilles. Je passais du lit au canapé. J’avais pris du poids. Entre temps j’ai perdu ma maman. Comme je ne voulais pas qu’elle me voit dans cet état, j’ai attendu qu’elle meure pour me faire amputer.

Financièrement, ça coûte aussi un peu d’argent…

Pas un peu, beaucoup. Quand tu ne peux pas travailler, il n’y a pas d’argent qui entre. Quand tu pioches, tu pioches… tu touches vite le fond. Mais mon couple, avec mes enfants, on est solide. Rien ne peut nous arrêter.

Que s’est-il passé dans votre tête lorsque vous avez pris la décision de vous faire amputer la jambe?

J’ai beaucoup parlé de ça avec mon épouse. On a pris la décision à deux. La douleur permanente entre dans la tête. C’est atroce. Dix-sept ans de douleur, on s’en souvient. Pour vous dire la vérité, j’ai même pensé à me suicider, tellement j’avais mal. Je souffrais beaucoup. Finalement j’ai pris la décision de couper la jambe pour que ça aille mieux. Je n’ai que 49 ans. Les médecins ne me donnaient plus de choix. J’ai dit : « Qu’est-ce qu’on fait? » Le médecin ne veut pas couper la jambe. Moi j’ai dit: « allez on coupe parce que je n’en peux plus. C’est soit on coupe, soit je me jette par la fenêtre. »

Depuis, c’est un soulagement?

Oui, je n’ai pas de douleur.

Quelles sont les perspectives?

Avec une telle amputation, on peut faire beaucoup de choses, retravailler, reprendre une vie normale, comme tout le monde.

Quelles sont vos ambitions?

On veut créer une fondation ou une association pour véhiculer tout ce qui m’est arrivé et pour aider dans les centres de formation, dans les clubs amateurs, dans le sport en général… Prévenir qu’une infiltration, c’est déjà de trop.

Bruno Rodriguez avec le PSG contre l'OM en 1999
Bruno Rodriguez avec le PSG contre l’OM en 1999 © AFP

A Roland-Garros, Rafael Nadal pourrait avoir reçu des infiltrations quotidiennes pour pouvoir aller jusqu’au bout…

Tout dépend de ce qu’il y a dans cette infiltration. Est-ce juste un anesthésiant? J’ai cru comprendre que c’est ça. Pour moi c’est la cortisone qui a rongé le cartilage.

Et donc vous n’avez pas reçu des messages de la part du monde du football…

La FFF ne m’a même pas appelé. Ni les instances du football. Je ne m’attendais à rien mais c’est rare qu’un footeux français se fasse amputé. Je ne comprends pas.

Et vos anciens clubs?

J’ai eu le soutien de deux anciens présidents, Gervais Martel (Lens) et Carlo Molinari (Metz). Après j’ai eu le soutien du PSG par les supporters. Le Sporting Club de Bastia m’a soutenu aussi, c’est la maison, la famille.



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Pied droit en or, pas de grigri, pas de chichi, un crochet une frappe et nous fermons le jeu, catenaccio :)