L’annonce a été faite lundi, la LFP a obtenu un prêt garanti d’Etat de 224 millions d’euros afin de soutenir économiquement et comptablement l’ensemble des clubs professionnels en ces temps difficiles. Mais c’est une nouvelle contrainte qui vient s’ajouter à leur comptabilité: et si c’était l’occasion de tout changer?

Pour Didier Quillot, le prêt va permettre “d’assurer les clubs aujourd’hui en difficulté” et va permettre de compenser la perte prévue des droits TV et du manque à gagner total après l’arrêt définitif de la saison.

D’ailleurs, lors de l’assemblée générale de la LFP, tout le monde a applaudi cette décision, seul le club de Nîmes s’est abstenu au moment du vote. Dans l’ensemble, chacun s’est accordé à dire que ce crédit était une aubaine et une chance pour le football français.

Le prêt n’est pas un don, c’est une charge supplémentaire

Mais n’oublions pas que cette aide financière n’est en aucun cas un don d’Etat, le prêt ne va pas venir “remplacer” les pertes commerciales des clubs. Si l’arrêt de la Ligue 1 se chiffre à plus de 380 millions d’euros, cette somme sera définitivement perdue, crédit ou pas, aide ou non. Le prêt devra obligatoirement être remboursé, les annuités devront être étalés sur plusieurs saisons et les clubs devront ainsi intégrer cette nouvelle contrainte dans leur comptabilité.

Mais cela pourrait être l’occasion unique de changer de modèle, de changer de logique. Il faut bien comprendre qu’actuellement, les clubs adoptent une pure philosophie de solvabilité, les finances doivent être tenues, non pas en générant des résultats d’exploitation excédentaires ou en constituant des fonds propres, mais en garantissant la solvabilité de leurs comptes.

Solvabilité avant rentabilité

C’est la règle première de la DNCG, depuis maintenant 30 ans en France. Selon l’économiste Nicolas Scelles, le championnat hexagonal se caractérise par une “contrainte budgétaire lâche” où l’intérêt durable prend le pas sur l’impératif rentable.

Par exemple, selon les comptes de la DNCG, lors de la saison 2018-2019, 17 clubs sur les 20 de la Ligue 1 présentaient des revenus d’exploitation, basés uniquement sur les gains générés par le football, déficitaires. C’est seulement en intégrant le trading de joueurs que la majorité parvenait à dégager un solde net positif. Marseille, Bordeaux et Lille, quant à eux, restaient dans le rouge mais s’offraient un soutien des instances en assurant la solvabilité de leurs dettes, notamment grâce à leurs actionnaires.

Avec ce prêt garanti d’Etat (PGE), les choses vont obligatoirement changer. Dorénavant, les clubs devront assurer des revenus d’exploitation positifs pour rembourser les échéances du crédit. Avec cette obligation de dégager des recettes positives annuelles minimum, les clubs devront modifier leur logique comptable et viser la performance économique.

Révolution comptable à venir?

Disons les choses simplement, le PGE une aubaine non pas parce qu’il vient remplacer les pertes commerciales générées par la crise du covid-19 mais parce qu’il va bouleverser durablement la philosophie comptable des clubs français.

L’impératif de rentabilité sera mis en avant, il faudra d’abord et avant tout générer des revenus d’exploitation positifs, il faudra d’abord rembourser un crédit avant d’accepter d’augmenter la masse salariale ou les dépenses sportives. Il faudra s’ouvrir à une forme de sobriété financière, à un ralentissement des charges et à une réflexion sur les investissements avant de pouvoir payer.

C’est une véritable révolution qui va s’opérer et, sur ce point, on ne peut que s’en satisfaire.



Source de l’article, 2020-05-05 09:29:03

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